Les terreurs nocturnes : comprendre et accompagner

C’est le milieu de la nuit, et ton enfant se met soudainement à crier, pleurer ou semble particulièrement agité.e sans raison apparente. Pour un parent, ces moments peuvent être inquiétants: ton enfant parait effrayé et tendu, ses mouvements brusques, et il est difficile à rejoindre.

Si tu vois ses signes, il est probable qu’il s’agit d’une terreur nocturne, un phénomène fréquent chez les jeunes enfants. Certaines études estiment qu’environ un enfant sur trois en fera à partir de l’âge de 18 mois. Bien que ces épisodes soient impressionnants, ils sont généralement inoffensifs.


La différence entre un cauchemar et une terreur nocturne

La distinction est importante, car la façon d’accompagner ton enfant va différer.

Un cauchemar survient généralement plus tard dans la nuit, pendant le sommeil paradoxal (la phase des rêves durant laquelle le cerveau est très actif). L’enfant se réveille, peut exprimer de la peur, pleurer, et selon son âge, peut parfois raconter ce qu’il a rêvé. Il va aussi rechercher ton réconfort.

La terreur nocturne, quant à elle, apparaît plutôt en début de nuit, dans les premières heures suivant l’endormissement. Ce qui rend la situation déroutante, c’est que l’enfant peut avoir les yeux ouverts, respirer rapidement et sembler paniqué.e. Il ne s’agit pas d’un rêve, mais d’un éveil partiel à partir du sommeil profond. L’enfant peut sembler inconsolable et confus en même temps. Il peut marmonner quelque chose d’inaudible, te répondre mais de façon incohérente ou même te repousser. Malgré l’intensité apparente de l’épisode, ton enfant n’est pas réellement conscient de ce qui se passe. Il demeure profondément endormi et n’en garde généralement aucun souvenir au réveil. La plupart des terreurs nocturnes durent entre 5 et 10 minutes, parfois un peu plus.


Une parasomnie de la petite enfance

Les terreurs nocturnes font partie des parasomnies, des comportements inhabituels qui surviennent pendant le sommeil. On y retrouve aussi le somnambulisme et les éveils confusionnels. Elles peuvent se manifester entre 1 et 12 ans. On les observe toutefois plus souvent entre 3-4 ans.

Ces terreurs apparaissent durant la phase la plus profonde du sommeil, appelée sommeil à ondes lentes. À ce moment, le cerveau est très peu réactif. Il arrive que l’enfant “remonte” partiellement vers l’éveil sans se réveiller complètement. Ce décalage explique pourquoi le corps semble actif alors que l’enfant dort toujours. Ces phénomènes sont plus fréquents dans la petite enfance, période où le sommeil est encore en maturation, et sont parfois associés avec le somnambulisme. Dans de rares cas, comme par exemple, si les épisodes sont très fréquents, dangereux ou associés à d’autres difficultés de sommeil, il peut être pertinent d’en parler à un professionnel de la santé, tel un pédiatre ou médecin de famille. Mais le plus souvent, il s’agit d’une phase transitoire. Les terreurs nocturnes font partie des manifestations possibles d’un sommeil en développement. Avec la maturation du système nerveux, la majorité des enfants cessent d’en faire en grandissant.


Quels sont les facteurs qui peuvent contribuer aux terreurs nocturnes ?

Plusieurs facteurs peuvent augmenter la fréquences des épisodes de terreurs nocturnes:

Antécédent familial

Les terreurs nocturnes ont souvent une composante génétique. Si tu as vécu des terreurs nocturnes ou du somnambulisme dans ton enfance, ton enfant est plus susceptible d’en faire aussi.

La fatigue

La fatigue accumulée est l’un des principaux déclencheurs des terreurs nocturnes. Lorsqu’un enfant manque de repos, son corps compense en augmentant la quantité de sommeil profond. Cette phase étant celle où surviennent les terreurs nocturnes, le risque d’épisode peut alors augmenter chez un enfant prédisposé. Un horaire avec des heures de coucher ou réveils variables peut également fragiliser l’équilibre du sommeil et accentuer la fatigue. De la même façon, lorsqu’un enfant est malade, son sommeil peut devenir plus fragmenté, ce qui favorise parfois l’apparition d’épisodes.

Le stress ou le changement

Un changement émotionnel, une rentrée scolaire ou une période plus chargée peut influencer la qualité du sommeil. Dormir dans un lieu inhabituel peut aussi perturber les cycles de sommeil, surtout chez les enfants dont le tempérament est sensible au changement.

Certains médicaments

Certains traitements peuvent modifier la structure du sommeil et augmenter le risque d’épisodes.

Un autre trouble du sommeil

Tout ce qui fragmente le sommeil profond peut augmenter la probabilité de terreurs nocturnes, incluant l’apnée du sommeil et les ronflements.

Malgré la présence de facteur déclencheur, il est tout de même important de se rappeler que les terreurs nocturnes font partie du développement du sommeil chez certains enfants et demeurent généralement passagères. Alors, que faire lorsqu’un épisode survient ?


Comment accompagner ton enfant durant une terreur nocturne

L’objectif n’est pas de mettre fin à l’épisode, mais d’assurer la sécurité de l’enfant et d’assurer une présence calme.

  • Ne pas tenter de réveiller l’enfant. Cela est difficile et peut prolonger l’agitation.
  • Limiter les interventions. Parler ou toucher peut parfois accentuer la confusion.
  • Assurer la sécurité physique. Certains enfants restent au lit, d’autres peuvent se lever ou bouger brusquement. Il est important de sécuriser l’environnement (escaliers protégés, fenêtres sécurisées, objets dangereux retirés), et rester près de lui sans trop intervenir jusqu’à ce que l’épisode se termine spontanément.

On tourne la page. Le lendemain, il n’est généralement pas nécessaire de reparler de l’épisode, sauf si l’enfant en fait mention. Un simple message rassurant suffit.


Favoriser des nuits plus paisibles

Même si les terreurs nocturnes font partie du développement normal, certains petits ajustements peuvent aider. Veille à ce que ton enfant dorme suffisamment, garde la même routine de sommeil que d’habitude et essaie de maintenir des heures de coucher et de lever assez stables pour optimiser sa quantité et qualité de sommeil. Tu peux aussi observer ton enfant lors de journée plus chargée, une maladie, un coucher plus tardif pour mieux comprendre ce qui influence son sommeil et les facteurs déclencheurs, sans chercher à tout contrôler nécessairement, mais plus en restant attentif.ve à son rythme.

Marie-Pierre Gosselin, consultante en sommeil enfants, M.A. psy, éducatrice spécialisée
Maman de trois enfants (jumelles + 1)