L’hygiène du sommeil durant les virus

Les premiers temps à la garderie et la saison hivernale coïncident souvent avec une succession de petits virus. Rhumes, congestion, fièvres, toux … autant de situations qui peuvent venir chambouler le sommeil de toute la famille. Pendant un virus, les perturbations nocturnes chez l’enfant sont souvent fréquentes. Cela ne signifie pas que son sommeil est « brisé », ni que de mauvaises habitudes irréversibles sont en train de s’installer.


L’accompagner quand ça ne va pas

Quand ton enfant est malade, tu fais naturellement ce que tu sais faire de mieux : tu le soutiens dans ses besoins. Aller voir si sa couche déborde, vérifier la fièvre, offrir à boire, décongestionner son petit nez, rassurer après un réveil en pleurs. Ces gestes ne sont pas des erreurs. Ils contribuent au sentiment de sécurité de l’enfant, surtout dans les périodes où son corps ne va pas bien.

Durant cette période, il est fréquent que ton bébé s’endorme plus facilement en ta présence, qu’il demande à boire un peu plus souvent la nuit ou qu’il soit simplement plus colleux. Pour les tout-petits, ce soutien est souvent temporaire et lié directement au fait qu’il ne se sent pas bien.

Un bon repère à garder en tête : la nuit reflète souvent la journée. Si ton enfant est encore irritable, fiévreux ou très fatigué le jour, il est logique que son sommeil nocturne soit plus fragile. À l’inverse, lorsque l’enfant recommence à être lui-même le jour, cela indique souvent que la nuit peut, elle aussi, revenir tranquillement à la normale.


« Laisse-le te guider »

Chaque enfant réagit différemment quand ils sont malades. Certains vont chercher beaucoup de câlins et de réconfort, d’autres vont surtout vouloir dormir davantage. Observer les signaux de ton enfant et s’y ajuster reste une approche précieuse. 

Par exemple, lorsqu’un enfant est malade, les horaires peuvent devenir plus flexibles. Une longue sieste imprévue, un coucher plus tôt malgré une grosse sieste, ou au contraire une journée où l’enfant dort moins parce qu’il est trop inconfortable… tout cela peut arriver. Le sommeil joue un rôle important dans la récupération, et parfois, le corps de l’enfant réclame simplement plus de repos. Il est aussi tout à fait possible que ton enfant dorme moins pendant la maladie et rattrape ensuite en dormant plus longtemps quand il se sent mieux. 

Cela dit, cela ne veut pas dire qu’il est nécessaire de tout changer. Même quand l’enfant est malade, il est aidant de conserver autant que possible le même environnement de sommeil qu’à l’habitude : sa chambre, son lit, et sa doudou. Retrouver son lit et ses repères, peut apporter un petit confort précieux pendant qu’il récupère.

Pour les bébés, le lit à barreaux demeure l’endroit le plus sécuritaire pour dormir, même durant la maladie. Chez certains parents, l’inquiétude peut mener à vouloir modifier les règles de sécurité (par exemple, faire dormir le bébé ailleurs, dans une position inhabituelle ou avec plusieurs items dans le lit). L’idéal est de maintenir les règles de sécurité du sommeil le plus possible, tout en adaptant ta présence si tu le juges nécessaire.

À mesure que ton enfant grandit, d’autres petits outils peuvent aussi l’aider à se détendre et à retrouver le sommeil, tout en gardant ses habitudes. Si ton enfant est assez âgé pour comprendre, tu peux proposer des exercices de respiration profonde. Il a été démontré que ce type d’exercice, intégré à la routine du dodo, aide les enfants hospitalisés à dormir mieux et plus longtemps, un élément essentiel pour leur santé et leur rétablissement. La respiration profonde aide le corps à se détendre et prépare au sommeil, surtout lorsque l’enfant est fatigué, malade ou plus anxieux. Installe-toi près de ton enfant, assis ou allongé à ses côtés. Pour l’aider, tu peux utiliser son imagination pour lui expliquer comment prendre des respirations profondes.

Par exemple : « Inspire comme si tu sentais une fleur » « Expire comme si tu soufflais une bougie sur ton gâteau de fête très longtemps ». Répète ces respirations pendant quelques minutes, jusqu’à ce que ton enfant semble plus calme et qu’il ait bien compris l’exercice. Termine en le félicitant doucement et en faisant le lien avec le sommeil : « Ton corps est plus calme maintenant. Ça va t’aider à dormir. »

Si l’état de l’enfant te préoccupe et que la présence d’un parent le rassure, certains choisissent temporairement d’installer un lit improvisé dans la chambre de l’enfant. Cette option permet de garder un œil sur ton enfant, et répondre à ses besoins rapidement tout en conservant son environnement de sommeil habituel, ce qui aidera ton enfant à conserver une saine hygiène de sommeil une fois guéri.

Et le sommeil autonome, dans tout ça?

Pendant la maladie, il est souvent difficile de maintenir des règles rigides au coucher. Ce n’est pas le moment de se concentrer sur l’auto-apaisement. Cependant, si certains éléments de l’autonomie peuvent être maintenues sans ajouter de stress, cela peut aider à limiter l’ampleur des perturbations.  Par exemple, on peut continuer de coucher l’enfant éveillé mais somnolent si c’est possible, ou garder une routine du coucher reconnaissable, même si elle est un peu écourtée ou prolongée.


Un retour bienveillant vers le rythme habituel

Une fois que ton enfant va mieux, que sa fièvre est tombée et son énergie revenue, c’est souvent le bon moment pour revenir graduellement aux habitudes de sommeil régulières. Ce réajustement n’a pas besoin d’être brusque. Il s’agit plutôt de retirer progressivement les soutiens devenus inutiles et de redonner à l’enfant l’espace pour reprendre ses repères.

Chez les enfants un peu plus grands, on peut expliquer  que le sommeil aide à rester en santé, et que maintenant qu’il va mieux, le dodo de la famille va revenir comme avant. Pour certains, offrir de brèves visites rassurantes au coucher pendant cette transition peut être aidant, le temps que l’enfant reprenne ses habitudes.

Même si une habitude semble s’être installée après la maladie, rien n’est irréparable. Un enfant qui bénéficie généralement d’une bonne hygiène de sommeil retrouve souvent rapidement ses repères et sa routine lorsque le cadre redevient clair et constant.


Un mot pour toi… surtout à 3 h du matin

À 3 h du matin, quand ton enfant est malade et t’appelle, n’hésite pas à aller le voir et le réconforter. Cela ne va pas affecter son sommeil à long terme. Accompagner son enfant la nuit quand il ne va pas bien fait partie de ton rôle en tant que parent. Les petits virus font partie de la vie, mais ne sont quand même pas facile à vivre. Avec du repos, les enfants les traversent mieux. N’hésite pas à demander de l’aide, à partager les nuits entre parents quand c’est possible, surtout quand tu tombes malade toi-même. Et bien sûr, si l’état de ton enfant t’inquiète, consulte.

Le sommeil est plus résilient qu’on le croit, surtout quand il est soutenu par un lien sécurisant et une routine qui finit toujours par revenir. Il sera toujours temps après le virus de revenir à un cadre plus prévisible pour retrouver les bonnes habitudes.


Marie-Pierre Gosselin, consultante en sommeil enfants, M.A. psy, éducatrice spécialisée