Stimulation précoce du langage – parle parle, jase, jase, s’il te plait!
L’arrivée des premiers mots représente un moment attendu, touchant et parfois un peu stressant pour un parent. Il est normal d’avoir hâte que notre tout-petit commence à parler pour laisser derrière nous la phase des gazouillis. Tout aussi adorable qu’elle soit, cette étape est un peu plus abstraite. Les premiers mots, pour leur part, suscitent souvent de l’excitation, et parfois du soulagement. Pour mieux comprendre ce qui se passe dans cette belle aventure, voici un tour d’horizon du développement du langage et des façons simples pour soutenir ton enfant au quotidien.
Le développement du langage : un processus naturel
Bien avant de prononcer des mots, ton enfant communique déjà énormément. Ce sont ses premiers outils pour entrer en relation avec toi :
- Un regard échangé;
- Un sourire complice;
- Un geste pour montrer un objet;
- Un babillage rythmé;
- Un petit bras tendu pour demander quelque chose.
Ces comportements sont les premières pièces d’un vaste casse-tête : celui du langage. Elles s’assemblent tranquillement et préparent le terrain à l’apparition des premiers mots. Puis un jour, un mot apparait. Et encore un autre, puis un autre. Le puzzle prend forme. Plus tard, deux mots qui se combinent… et éventuellement, une courte phrase suivie d’un « pourquoi ? » répété 47 fois.
Le langage se construit surtout dans les interactions naturelles du quotidien : pendant le bain, au moment de s’habiller, lors d’une danse improvisée dans le salon. Pas besoin d’activités inspirées de Pinterest. Ni de jouets éducatifs sophistiqués. Les routines permettent non seulement de faire avancer la journée, mais offrent également des moments en or pour connecter.
Le cerveau de ton tout-petit fonctionne merveilleusement bien. Les sens sont de véritables super-pouvoirs d’apprentissage. Plus ton enfant vit une expérience concrète, plus son cerveau retient facilement les mots qui y sont associés. Par exemple, lorsqu’il croise un chat, il le voit, le touche et l’entend. Ton enfant construit une image complète du mot chat et il encode mieux ce que ce mot signifie : c’est doux, ça fait « miaou », ça a une queue, quatre pattes et des moustaches. Cette exploration multisensorielle rend le mot vivant et concret pour lui — et donc beaucoup plus facile à mémoriser.
Pourquoi stimuler tôt?
Dès les premiers mois, le cerveau de ton mini est en mode « enregistrement ». C’est d’ailleurs pour cette raison qu’on dit que les enfants sont comme des éponges : ils absorbent (absolument) tout : les sons, les gestes, les intonations et l’ensemble des éléments nécessaires pour comprendre et communiquer. Stimuler tôt ne signifie pas en faire plus ou viser la performance : il s’agit plutôt d’être présent, de parler naturellement et de répondre à ses tentatives de communication, en créant un environnement riche et chaleureux.
Un mot ou quoi?
Il peut arriver qu’un matin, ton enfant dise « mamamamamamama » en regardant le plafond, et que tu espères y entendre un tout premier mot. Il n’est probablement pas réellement en train de prononcer son premier « maman » (je sais, ça peut être décevant), mais reste patient.e, ça s’en vient ! Il s’agit généralement de babillage, une étape très importante où ton enfant explore les sons de la langue.
Quelques jours plus tard, tu fais le chien tête en bas sur ton tapis et tu entends un « maman » bien dirigé, accompagné d’un petit doigt pointé vers toi… Alléluia !
On peut considérer qu’un enfant dit un (vrai) mot lorsqu’il est :
- Spontané (n’est pas dit en répétition);
- Intentionnel;
- Contextualisé (utilisé au bon moment pour désigner la bonne chose).
Un (vrai) mot peut prendre plusieurs formes :
- Un signe (comme montrer « fini » avec ses mains);
- Une approximation – souvent très charmante (ex. : « ni » pour fini);
- Une production à vocation plus sociale (ex. : « bye bye ! »);
- Un son d’animal (ex. : « miaw » pour chat);
- Une onomatopée (ex. : « vroum » pour la voiture).
Les premiers mots sont souvent liés au quotidien de ton enfant : les personnes proches, les objets familiers, des actions simples.
Dans mon exemple où tu pratiquais ton yoga matinal, ton enfant a enfin dit « maman » pour désigner sa maman… et ton cœur a probablement fondu comme neige au soleil.
Ok, et les mots apparaissent quand?
Les premiers mots apparaissent généralement entre 12 et 16 mois.
Après l’émergence des premiers mots, ton tout-petit construit peu à peu son vocabulaire. Le nombre de mots augmentent ensuite de façon fulgurante : c’est l’explosion du vocabulaire, étape (elle porte bien son nom) qui survient entre 18 et 24 mois. C’est aussi le moment où l’on voit apparaître les premières combinaisons (ex. : « veux pas » « encore yoga :P », etc.).
Puis, c’est environ entre 2 à 3 ans que les enfants commencent à associer 2 à 3 mots et à faire des petites phrases.
Comment stimuler sans (trop) se compliquer la vie?
Voici des stratégies simples, efficaces et applicables tout de suite :
- Suis l’intérêt de ton enfant
Sois à l’écoute et observe ce qui l’intéresse; laisse-le mener la danse. Un camion rouge? Parfait. Parle-lui du camion rouge (ex. : « le camion rouge roule vite ! » ; « vroum vroum, il va éteindre le feu ! »). - Place-toi à sa hauteur et face à lui
C’est beaucoup plus invitant de parler à un visage qu’à des jambes. Surtout, en voyant ton visage, il voit mieux ta bouche et tes expressions – ça l’aide beaucoup. - Parle de ce tu fais, de ce qu’il fait et de ce que vous voyez
Narration simple en temps réel. Pas besoin d’être un poète. Décris simplement ce qui se passe. Vous voyez un oiseau ensemble, tu peux dire : « regarde, l’oiseau vole ! ». Tu cuisines avec ton enfant, tu peux lui dire : « je coupe la carotte; tu mélanges la sauce. ». - Imite ce qu’il fait
Tu montres que tu t’intéresses à lui et tu encourages l’échange. - Reformule ses messages, sans lui demander de répéter
Tu deviens un peu comme son GPS linguistique qui lui montre le bon chemin. Par exemple, si ton enfant dit « chien parti », tu peux lui répondre « oui, le chien est parti ». - Ajoute un ou deux mots
Cette petite « extension » l’aide à avancer vers l’étape suivante. Par exemple, s’il dit : « camion », tu peux lui répondre « un camion rouge ! ». - Modélise les mots difficiles, sans lui demander de répéter
Petits trucs, gros impact : Répète correctement les mots qu’il tente de dire, en amplifiant les sons plus difficiles pour lui, sans lui demander de répéter après toi. Par exemple, s’il dit « papi » pour tapis, tu peux lui répondre « oui, le TApis », en accentuant le « ta ». Tu peux ralentir ton débit, pointer ta bouche et mettre les objets (lorsque possible) près de ton visage. - Utilise l’humour
Les enfants apprennent en s’amusant. Pas besoin d’être un humoriste de la relève pour que ton enfant te trouve drôle : un geste loufoque, un son exagéré ou une passoire sur la tête suffisent largement. - Laisse-lui du temps
Après lui avoir parlé, attend 5 bonnes secondes. Oui, ça peut sembler long, mais cette pause lui permettra d’intégrer l’information et de prendre ensuite son tour dans la communication. - Lit des livres
Tu peux décrire ce que tu vois sur les images en suivant ce que ton enfant regarde. Pas besoin de lire l’histoire mot à mot. Pas non plus nécessaire d’avoir une bibliothèque toute garnie. Les enfants adorent relire les mêmes histoires. - Joue
Oui… joue. Avec lui bien sûr. Le jeu, c’est le meilleur terrain d’apprentissage naturel pour un enfant.
Petit rappel
Chaque petit geste aide.
Chaque regard partagé construit la communication.
Chaque babillage annonce un mot à venir.
Chaque moment devient une occasion d’apprendre.
Plus tu observes, écoutes, joues, parles, ris et racontes… plus les mots trouveront naturellement leur place et s’inviteront au rendez-vous.
Marie-Ève Bérubé,
orthophoniste et maman d’une toddler.





